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     On remarque qu'à Singapour on effectue d'abord les opérations en colonnes, avec les retenues.
     Ensuite on demande à l'enfant d'effectuer le calcul en ligne. C'est assez compliqué. Les enfants trouveront des techniques, mais elles ne seront pas plus avantageuses que l'opération posée. Mais à 6,25 € + 0,95€ une nouvelle technique s'impose, elle est plus rapide que l'opération posée. Les exercices suivants permettront à l'enfant de le vérifier. C'est la recherche de techniques, par opposition à l'opération posée qui conduit à l'excellence.

     Les pédagogues modernes qui prétendent que le travail trop précoce sur les techniques opératoires écrites entrave la mise en place de procédures de calcul réfléchi sont donc bien dans l'erreur. C'est une idée reçue qui nuit à la qualité de l'enseignement des mathématiques en France.

     Les pédagogues de Singapour utilisent les opérateurs des mathématiques modernes. Il ne manque que le cercle sur les flèches. Ces lignes fléchées qui matérialisent l'algorithme, c'est la programmation informatique sans ordinateur. Il est simple de les traduire dans un langage et d'obtenir le résultat sur l'écran.
     À Singapour, on prépare les enfants aux défis technologiques du 21e siècle. Ils ont des années lumière d'avance sur les petits français.

Le codage, c'est une forme de langue

« II n'existe pas d'étude sur les effets du codage sur le cerveau, mais a priori c'est bon pour l'intelligence, puisque ça éveille le nombre, la catégorisation, le raisonnement et la permanence de l'objet. Quand on apprend aux enfants à coder, on se réfère à des objets absents, une séquence de codage comporte toujours des nombres, des caractères (catégorisation), et on s'entraîne en programmant des opérations simples (addition, soustraction, division, multiplication).
Au cœur du codage, il y a toujours des instructions conditionnelles, de type "Si... alors", des règles d'action, donc du raisonnement sur des nombres, des chaînes de caractères, des inconnues, et parfois même, dans le codage complexe, sur des équations algébriques. Puis il y a un vrai projet pédagogique dans le codage : c'est un défi pour l'enfant, et le défi éveille le système de récompense du cerveau. Le codage va renforcer le système 2, celui des algorithmes exacts (ou raisonnement logique).
Il n'empêche qu'à l'école on doit aussi apprendre à l'enfant à identifier ses automatismes ou heuristiques (le système 1) et à les inhiber. Quand on code, il y a toujours des chiffres et des chaînes de caractères, donc ce n'est pas différent de ce que l'enfant va développer pour apprendre à lire, c'est lié aussi à ce qu'il va apprendre en mathématiques.
Le codage, c'est une forme de langue. Il ne faut évidemment pas qu'elle se substitue à la langue française, c'est une langue complémentaire. Cela ne va pas tuer l'intelligence littéraire ! Ce qui est nouveau, c'est l'accès à la culture informatique, pour le reste, le codage mobilise dans le cerveau humain des processus neurocognitifs très anciens. Cela correspond à une forme de pensée qui a toujours existé (en Mésopotamie, dans la logique d'Aristote...). Il ne faut pas se dire que les enfants vont se mettre à raisonner uniquement comme des ordinateurs ! D'autant que le numérique n'empêche pas le partage social. En classe, il y a beaucoup de travail en binôme ou trinôme, les enfants discutent entre eux pour coder, essaient ensemble de comprendre leurs erreurs ou bugs, font du copier-coller (en psychologie, on dit "apprendre en imitant l'autre")... Après, bien sûr, il faut que la pratique soit encadrée par des profs ou des parents. »

Olivier Houdé

Professeur de psychologie du développement à l'université Sorbonne Paris-V, directeur du laboratoire de psychologie du développement et de l'éducation de l'enfant (LaPsyDE) du CNRS.